Louidgi Beltrame, Brasilia/Chandigarh

Louidgi Beltrame, Brasilia/Chandigarh

Brasilia/Chandigarh

LOUIDGI BELTRAME

2018

vidéo, son stéréo,

26min.

 

Brasilia et Chandigarh sont deux capitales icônes de la modernité architecturale reliées par l’histoire postcoloniale. Brasilia a été construite par Oscar Niemeyer au centre du Brésil pour remplacer Rio de Janeiro qui était sa capitale coloniale. Le Pendjab indien a été séparé de son ancienne capitale Lahore après la partition de l’Inde avec le Pakistan en 1947. Le premier ministre Nehru a commissionné à Le Corbusier, architecte suisse, la nouvelle capitale qui devait marquer l’entrée de l’Inde dans la modernité. Ce paradoxe fera couler l’encre des critiques postcoloniaux indiens. Le montage du film Brasilia/Chandigarh opère par analogies de formes et d’espaces, créant un labyrinthe dans lequel se perd un personnage de photographe inspiré du roman : Un Photographe à la Plata de Bioy Casares, auteur clé du réalisme fantastique argentin. L’homme déambule dans Brasilia. Deux femmes se déplacent quant à elles dans Chandigarh. Elles jouent le rôle d’intercesseurs au sein de l’image. Elles sont détentrices d’un savoir qui nous éclaire sur les intentions programmatiques de l’architecte et urbaniste. Ces trois personnages – vecteurs du déplacement – traversent un répertoire formel, entre paysage de ruines post apocalyptique, fantômes d’architectures, parc de sculptures et ville-monument vide. Circulant hors du temps ou plutôt dans le « temps d’après » – celui d’après l’utopie réalisée -, ils révèlent une vision désactivée du rêve d’un futur à l’abandon. Avec eux, le film se glisse dans le plan des deux cités. Deux dessins – celui de Chandigarh qui reprend « le plan de Jaipur en forme de Mandala » et celui de Brasilia en forme d’oiseau à son envol, comme gestes fondateur de la ville – viennent se superposer et s’imposer au scénario. Et si la ville écrivait le film ?