JENNIFER CAUBET | Expectatives
In situ 25 avril 2026 - 13 juin 2026Philippe Jousse et l’équipe de Jousse Entreprise ont le plaisir d’annoncer la troisième exposition exposition personnelle de Jennifer Caubet du 25 avril au 13 juin 2026. Le vernissage se tient le samedi 25 avril de 16h à 21h, en présence de l’artiste. Un texte de François Piron, critique d’art et commissaire d’exposition, accompagnera l’exposition.
Il y a trois ans, dans ce même espace, Jennifer Caubet présentait Diffractions (2023), une large sculpture de métal galvanisé incorporant et superposant des grilles récupérées dans l’espace public – objets passifs-agressifs, marqueurs de la propriété privée, de l’ordonnancement et de la contrainte de la circulation et de l’accès, que l’artiste avait aggloméré pour en soutirer l’ornementalité involontaire et en faire un vaste moucharabieh, dont on sait qu’il est un système de ventilation autant qu’un dispositif de vision. Cette nouvelle exposition, qui rassemble plusieurs corpus d’œuvres, reprend le fil de la réflexion de l’artiste sur l’espace social contemporain, l’articulation entre sculpture et objet technique, tendue vers des productions qui se veulent également embrayeuses de fiction, voire de science-fiction. Un possible fil directeur entre ces nouvelles œuvres est une circulation et souvent une raréfaction de l’air, et la possibilité de penser un souffle, une respiration, de manière plus ou moins concrète ou allégorique.
Cela commence par de l’étouffement. Plaqués au mur, des ballots de vêtements sont compressés et sanglés de lanières d’inox. Un os de céramique, des coins d’aluminium, tiennent lieu de colonne vertébrale à ce Corps (2026) et ces Forces (2026) – paquets ficelés serrés, fragments compactés. On lit en filigrane de ces sculptures abstraites des conditions d’existence : trafic de fringues dans un nombre de mètres carrés limité, tiroirs qui débordent, placards qui gonflent, suffocation sous l’ultra fast fashion. Un serflex qui lâche sous la pression et c’est l’explosion. Ces sculptures en tension sont associées dans l’espace à ce que Jennifer Caubet nomme tantôt des bâtons ou des lances, instruments de soutien ou de combat : tubes effilés d’acier emmanchés de morceaux de bois de platane tourné ; objets préhensibles, mais à l’ergonomie indéfinie. Certains, dotés de stries et équipés d’un boulier, constituent des outils de mesure, de l’espace et du temps (JJ/MM/AAAA, 2026). Ces œuvres entretiennent une certaine familiarité avec celles fabriquées par Isa Genzken dans les années 1970, sculptures abstraites oblongues en bois, dont l’artiste dessinait la courbe hyperbolique assistée par des ordinateurs, et dont elle associait forme et matériaux aux courbures des caisses de guitares. Elle reliait ainsi son désir d’objets scientifiquement conçus à son goût pour la noise, que partage Jennifer Caubet qui collabore parfois avec la guitariste Nina Garcia. La limite ici entre objet et instrument renvoie chez elle plutôt à des instruments à vent, où l’air est emprisonné dans ces « corps » (c’est le nom donné aux éléments jointifs des hautbois ou des clarinettes) bouchés et imbriqués les uns dans les autres.
On se trouve, salle suivante, face à la paroi hostile d’un panneau anti-squat. À la suite, et en mouvement contraire, de Diffractions, Rétractions (2026) condense en un bloc compact des volets anti-effraction et des grilles de protection, agglomérat sécuritaire replié sur lui-même, engin blindé prêt à se déployer comme un ressort, structure de vision et de division comme un parloir en garde à vue. « Objet de savoir », enfin, comme le définit Michel Foucault dans son approche de ce que peut être un dispositif, au sens où cette œuvre est à la fois un agencement architectural mais aussi le résultat de décisions réglementaires, de lois et mesures administratives qui ont présidé à la conception et à la normalisation de ses éléments.
La dernière salle de la galerie est occupée par des objets en suspension, tubes composés cette fois d’une composition en verre soufflé et métal ajouré qui évoque un système de ventilation ou de refroidissement. En équilibre avec des contrepoids métalliques ayant des allures de « moules mâlic », ces formes duchampiennes qui « moulent du gaz » dans le Grand Verre, l’ensemble évoque la fiction d’un laboratoire de pneumatique où il est autant question de vide que de souffle, d’isolation que de circulation. Ce à quoi Jennifer Caubet fait allusion est cependant moins l’usine cronenbergienne du futur que la fabrique sociale du présent, où la liberté de respirer peut être remise en cause au nom du maintien de l’ordre.
François Piron, Expectatives : sculptures sous tension, 2026
Paris Gallery Weekend — 29.30.31 mai 2026
Samedi 30 mai | 15h30
Conversation avec Tony Côme, historien du design et de l’architecture et l’artiste Jennifer Caubet
Dimanche 31 mai
14h – 18h | ouverture exceptionnelle de la galerie
15h – 17h | rencontre avec l’artiste Jennifer Caubet
Vernissage : 25/04/2026 12:00 am
Artistes de l'exposition >
