Louidgi Beltrame, Cinelândia

Louidgi Beltrame, Cinelândia

Cinelândia

LOUIDGI BELTRAME

2012

film super 8 transfert numérique HD, son stéréo

30min. 30sec.

Louidgi Beltrame en collaboration avec Elfi Turpin

 

Cinelândia, qui signifie “pays du cinéma” en Portugais, emprunte son titre à un quartier du centre de Rio de Janeiro qui eut son heure de gloire dans les années 30 en abritant alors les cinémas de la ville.

Cinelândia, a été tourné en 2010 dans la jungle de Tijuca qui surplombe Rio de Janeiro – la plus grande forêt urbaine au monde. Beltrame et Turpin ont filmé la Casa de Canoas, l’unique maison de verre dessinée par Oscar Niemeyer, exercice incontournable pour tout architecte moderniste. Projetée en 1951 et achevée en 1953, elle était destinée à la famille de l’architecte mais n’a été habitée que quelques années. La maison dès lors désertée, pour autant entretenue, s’est transformée en machine célibataire, quelque part entre architecture et sculpture. Avec les années, le jardin soigneusement dessiné et organisé a été reconquis par la mata atlantica.
Ce pavillon de verre est envisagé ici comme un espace de projection, celui des projets de l’architecte, celui de la fiction qui se projette sur la jungle et ses mythologies.

Beltrame et Turpin y installent un dispositif – un projecteur 16 mm qui habite et active la maison alors filmée et observée minutieusement comme un écosystème en relation avec son environnement – structure, faune, flore, climat. Ces éléments, générateurs de fictions, s’agglomèrent de façon prismatique.
La maison accueille donc des histoires. Celle qui forme le squelette principal du film est la lecture en voix-off en italien de fragments de Tecnicamente Dolce, un script d’Antonioni datant des années 70.

Ce script non réalisé raconte la fuite amazonienne d’un journaliste politique italien – un scénario existentiel dans lequel T, le reporter, et S, le jeune anthropologue, se perdent dans la jungle suite à un accident d’avion. Le script de Tecnicamente Dolce s’achève à la lisière de la jungle avec une vue sur la ville de Brasilia au loin. C’est le seul point de contact concret dans Cinelândia entre le cinéaste Antonioni et l’architecte Niemeyer. D’autres fragments d’histoires liées à l’espace de la forêt et à ses mythes sont associés au script. Les voix extraites de la Forêt de cristal de JG Ballard, d’un entretien de Duras, mais aussi des Métaphysiques cannibales de l’anthropologue brésilien Eduardo Viveiros de Castro, multiplient ainsi les points de vue et disjonctent le récit.