VICTOIRE INCHAUSPÉ | Armoires vides
In situ 15 janvier 2026 - 21 février 2026La galerie Jousse Entreprise a le plaisir de présenter la première exposition personnelle de Victoire Inchauspé, Armoires vides, du 15 janvier au 21 février 2026.
Ce titre évoque de manière implicite une succession de gestes et d’actions. Il suppose qu’une armoire ait été remplie, pour ensuite être vidée de son contenu. Mais pourquoi décide-t-on un beau matin de la vider ? À quelles urgences, nécessités ou obligations répondons-nous ?
Pour Victoire Inchauspé, vider l’armoire s’apparente à un besoin intime de faire sortir ce qui était jusqu’à présent gardé en mémoire, afin d’observer l’effet et le sens que produisent tous ces objets une fois réunis. Cependant, derrière ce déploiement, l’exposition de Victoire Inchauspé s’apparente en réalité plus à un récit qu’à un inventaire. En écho au premier roman d’Annie Ernaux1, publié en 1974, auquel l’artiste se réfère, l’exposition s’inscrit dans un moment suspendu, celui d’un retour sur soi pour tenter de (re)composer une partie de son histoire. En rouvrant des strates allant de l’enfance à l’âge adulte, là où se sont accumulées des peurs, des attentes et des incertitudes, l’armoire devient alors un espace mental, où ce qui était rangé menace toujours de déborder.
Cette exploration est notamment renforcée par le choix de produire uniquement de nouvelles oeuvres, dont certaines sont héritières de recherches et d’obsessions antérieures. On y retrouve certaines caractéristiques formelles et thématiques propres à la pratique de Victoire Inchauspé dont un ensemble de neuf bas-reliefs empreints de gestes – griffures et coups portés à la matière – ainsi que de fleurs. Ces pièces, que l’artiste considère comme des reliques, sont des retranscriptions gestuelles, émotionnelles et visuelles de moments fugaces et ce, conservé à l’aide de l’une des matières les plus résistantes qui soit, le bronze. C’est aussi la notion de mémoire qu’investit Victoire Inchauspé pour cette exposition, avec la réalisation d’une ronde de bosse en terre crue, représentant un enfant à genoux, tenant dans ses mains une tête de tournesol, dont on ne saurait dire s’il vient de la recueillir ou s’il souhaite s’en séparer. L’artiste s’est également engagée dans de nouvelles recherches et expérimentations aux enjeux doubles, à la fois techniques et symboliques. Comme en décidant pour la première fois de présenter un film qui apparaît ici comme la clef de lecture de cette exposition. Ce portrait vidéo montre un jeune cerf prêt à s’endormir. Son corps semble céder au repos, mais quelque chose résiste, veille. Libre mais vulnérable, vacillant mais sur ses gardes, le cervidé incarne une tension, un état de vigilance permanent qui traverse l’ensemble de l’exposition de Victoire Inchauspé. Les oeuvres présentées affirment ainsi toutes une forme de puissance indissociable d’une extrême fragilité. Cette tension se prolonge au travers d’une pièce sonore au piano, réminiscence d’un apprentissage de l’enfance. Ici, le son, parfois hésitant, est joué par l’artiste elle-même et accompagne le parcours du visiteur.
Finalement, vider les armoires revient à créer du désordre, à extraire des objets et des éléments d’un arrangement pré-établi afin d’en trouver un nouveau, plus juste, plus acceptable. En s’attachant ainsi à déplier ce qui semblait jusqu’à présent rangé, Victoire Inchauspé s’est engagée sur un chemin sinueux, remuée par la puissance des peurs et des traumas, mais également portée par la découverte des forces associées à la création.
Texte de Margaux Bonopera
Curatrice indépendante et responsable des expositions à la Fondation Vincent Van Gogh, Arles
Avec le soutiens aux galeries du CNAP (Centre national des arts plastiques)
Communiqué de presse (PDF)Vernissage : 15/01/2026 4:00 pm
Artistes de l'exposition >
