CLAUDIO COLTORTI | long time, no see

In situ 5 septembre 2026 - 10 octobre 2026

Nous avons le plaisir de présenter la première exposition personnelle à la galerie de l’artiste Claudio Coltorti intitulée long time, no see  du 5 septembre au 10 octobre 2026.

« Moi qui tourne sous la main d’autrui je ne suis
en sûreté ni le soir ni le matin car celui
sous la main de qui je tourne s’en retourne
si soudainement qu’il n’attend
ni aujourd’hui, ni demain »

On dit de ce poème de Henri Baude, qui vécut au XVe siècle à la cour de Charles VII, qu’il évoquerait la fatigue du soumis face à l’arbitraire des puissants. L’auteur le destinait, avec d’autres, à être représenté en tapisserie. Vous pouvez la voir au musée de Cluny.

Claudio Coltorti l’a vue.

Claudio peint vite ; il faut aller dans son atelier pour le croire. Il y a des apparitions fugaces et des toiles qui s’enchaînent. Il prend, il pose, il laisse reposer. Il digère son sujet. Il y a au début un désir de représenter qu’il s’acharne à éloigner. Le motif se dérègle peinture après peinture. Jamais il n’y a d’orignal : il n’y a que des dérivés. Lui-même ne voit plus bien, parfois, ce qu’il intente.En fonction de la manière avec laquelle la peinture sèche, le sujet se distingue. On découvre alors que son travail en atelier correspond à une somatisation. Il laisse se créer l’obsession et fait l’expérience de lui-même dans son infinie dégénérescence. La tellurie des formes et des couleurs est une quête de l’inconscient. Ses toiles le somment d’y aller.

La tapisserie du poème d’Henri Baude à Cluny nous montre une main venue d’en haut, lançant des toupies sur une estrade à damier. L’une se maintient encore, alors que d’autres jonchent le sol. Le 2 juin 2026 à Cluny, je vois Claudio devenir toupie.

De prime abord la peinture de Claudio parait douce et envoûtante. On s’épanche de tout son être dans les rondeurs de sa ligne. Mais sous cette apparente gentillesse on aperçoit bien vite le lourd mouvement du monde. Il y a le permanent net et l’éphémère trouble. On est tenté – en regardant ses toiles – d’y voir un flou, mais les formes de Claudio se distinguent très bien. Sa peinture fait converger les temps : c’est un cercle plat où les toupies tournent vite pour tenir droites. Les substrats de l’Italie classique, avec ses couleurs invraisemblables, y font surface – alchimie des temps anciens sous la forme de pigments réapparus au terme de mélanges alambiqués. Et tout cela danse au service de l’infra-monde. Il y a des mains qui tentent à tâtons de trouver des corps pour panser. Il y a l’indicible et l’indissimulable – moins nette est la toupie qui tremble. L’œil ami est parfois le témoin des œuvres honteuses mais il est la sûreté du soir comme du matin.

long time, no see est une réminiscence de l’amitié, un soulèvement du cœur avant le futur aride. C’est la joie d’allumer le brasier final.

Pierre Le Dauphin

Vernissage : 05/09/2026 4:00 pm

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