Pierre Paulin

Pierre Paulin, né en 1927, a le privilège d’avoir été, entre les années 60 et 75, un des seul représentant du design français à l’étranger. Paulin utilise un design lisse, courbe et coloré qu’on assimile souvent, de façon réductrice et fausse au courant pop. C’est au-delà de ces formes plastiques un travail sur la structure : faire un siège en forme de langue (The Tongue) exige une réflexion et une technique rigoureuse. Célébré, exposé, écouté par les éditeurs, les instances culturelles ou le public, à l’étranger, il est en revanche à cette époque, peu connu en France.

Après son parcours scolaire à l’école Camondo, il rejoint l’atelier de Pierre Guariche et Michel Mortier. C’est alors qu’il se sent influencé par Le Corbusier, dont il s’est fait « un bouclier contre la facilité et la vulgarité » ; par le pragmatisme de Charles Eames, la sérénité d’Alvar Aalto, l’architecture traditionnelle japonaise « pour son austérité et son refus des effets faciles ». Tout en s’intéressant au design scandinave pour sa simplicité presque austère, sa luminosité et son sens de la fonctionnalité basé sur un rationalisme évident, il restera toujours répugner par la fascination des français pour le passé, leur tradition de la copie et leur goût du décorum.
Il liera tout au long de sa carrière, rigueur et organique en bannissant l’exaltation et l’exagération. Arrondir les angles et assouplir les lignes sera son mot d’ordre. Les formes de son mobilier permettent la relaxation mais jamais l’avachissement. Les corps sont lovés dans des poufs géants, nids, coquilles ou nacelles protectrices et voluptueuses. Les particularités du travail de Paulin l’entraînent à créer des sièges rembourrés de mousses et habillés de jersey coloré élastique moulant et moelleux. Le tissu n’est pas un cache-misère mais un véritable embellissement et une exaltation des formes généreuses de son mobilier.

Le succès de Paulin se fait sentir en 1953 avec son entré au Salon des Arts Ménagers où commence pour lui l’ère de la légèreté, de la simplicité et de la sensualité. Son goût pour la scénographie et l’architecture lui permet d’investir son travail au Salon de l’Automobile aussi bien que dans différents hôtels et expositions. C’est dans un esprit moderne – de par sa radicalité et son innovation formelle – et fonctionnaliste que Paulin se démarquera de ses pairs et modèles. En 1967, il créé les bureaux de Christian Dior et de Marc Bohan et en 1971 les appartements de Pompidou à l’Elysée, lui assurant une reconnaissance établie. Il dessine pour le Mobilier National, en 1970, un canapé – Amphis - composé de 3 boudins encastrés et ondulant, comme une vague. Il va métamorphoser les sièges crapauds du XIXe siècle devenant de confortable siége champignon - Muschroom.
En 1975, il créé avec sa femme l’agence AD/SA – à laquelle Roger Tallon collabora – pour lui permettre de travailler avec des firmes françaises – Calor, Villeroy & Bosch, Citroën, SNCF … - pour une production uniquement industrielle.
En 1984, il dessine le mobilier et l’agencement du bureau de François Mitterand à l’Elysée.

« Etonnant Paulin, en effet, qui dans une intransigeance sans faille, s’impose aujourd’hui comme l’un des purs représentants du design français, à ce moment «de la vie perpétuelle des styles » qui est, selon Focillon, « stabilité, sécurité, après l’inquiétude expérimentale ». « Classique », Paulin ? Il est incontestablement dans le sens où l’entend Focillon, c’est-à-dire synonyme « d’un ordre qui vaut pour toujours et qui, par-delà les courbes du temps, établit ce que nous appelons la ligne des hauteurs ». Enigmatique Paulin, à présent, qui nous réserve d’autres aventures et dont vous êtes autant que moi, j’en suis sûre, impatients de connaître le profil inconnu. »
Yvonne Brunhammer