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MATHIEU
MATÉGOT >>
>>1910-2001
Mathieu Matégot
ou le métal transparent
Mathieu Matégot est incontestablement un précurseur du design
contemporain. Son implication dans des techniques novatrices et des formes
originales en fait l'un des acteurs privilégiés des années
50, marquant de son empreinte le style français de cette période
féconde de l'Après-Guerre.
Dès les années 40, il introduit spontanément la notion
de création et d'esthétisme dans la réalisation d'objets
usuels, privilégiant le rotin et le métal. Il leur donne
une forme unique et identifiable entre tous. Son coup de génie
fut d'utiliser, avant tout le monde, à partir de 1945, et de façon
inédite, la tôle perforée, un matériau découvert
pendant sa captivité en Allemagne. Inventant une nouvelle technique,
il crée une nouvelle matière : il perfore d'abord la tôle
classiquement avec des motifs en trèfles puis avec des petits trous
carrés ou ronds. Il baptise en 1952 cette résille ajourée,
le plus souvent laquée noir, du joli nom évocateur de «
Rigitulle ». Il met au point une machine capable de plier, de plisser,
de façonner la tôle à la manière d'un tissu,
ce qui lui offre une liberté d'expression démultipliée
(cf. les séries Java, Soumba, Bagdad, Satellite, etc ...).
Et sa créativité ne se limite pas à l'utilisation
du métal ; il se sert également du rotin, du laiton, du
formica, du verre (parfois gravé), du bois de différentes
essences mais aussi du tissu ou du cuir et ce avec d'infinies variations.
Car l'autre particularité de Mathieu Matégot réside
dans l'incroyable production de petits meubles et objets du quotidien,
quelque peu désuets mais toujours charmants, pour lesquels il a
su inventer des formes et des lignes « modernes » (plateaux,
corbeilles à papier, porte-revues, porte-verres, cache-pots, tables
servantes, etc...). Exposés à l'occasion des grands salons
(Salon des Arts Ménagers, Salon des Artistes Décorateurs,
Arts de la table) puis diffusés à deux cents exemplaires
en exclusivité dans des boutiques de décoration, ces éléments
à la fois pratiques, astucieux, économiques, résistants
et plaisants rencontrent rapidement un vif succès, tant auprès
de la presse que du public. Ils correspondent en effet aux tendances décoratives
de l'époque mais aussi aux dimensions exiguës des nouveaux
appartements de la reconstruction.
Mais c'est dans les modèles plus importants - luminaires, sièges
et tables - réalisés pour le catalogue ou sur commande,
en série très limitée de 6 à 8 exemplaires,
que s'exprime véritablement le talent de Mathieu Matégot.
Des créations aux structures plus abouties, tout en puissance et
en courbe, aux lignes épurées, aériennes, parmi lesquelles
se repèrent les pièces maîtresses qui, un demi-siècle
plus tard, font encore référence : comme la chaise tripode
Nagasaki, le fauteuil Copacabana à structure métallique
curviligne, ou le fauteuil Santiago (assise et dossier fait de lames parallèles
en tôle perforée).
Ce qui intéressait un artiste comme Matégot était
bien de créer et non de produire. Dès qu'un modèle
était achevé, il s'empressait d'en commencer un nouveau.
Cette grande vitalité créatrice s'est également exprimée
au travers de commandes privées et publiques. En décorateur
polyvalent, il assure la conception et la réalisation de ces chantiers
en maître d'oeuvre soucieux d'employer des matériaux de qualité
sans être coûteux et de donner un air de jeunesse et d'élégance
aux bureaux administratifs, comme aux restaurants ou aux intérieurs
individuels. Enfin, il est intéressant de noter le contexte général
du travail de Mathieu Matégot. Membre de la Société
des Artistes Décorateurs, Mathieu Matégot a entretenu des
relations privilégiées avec ses confrères (Guariche,
Adnet, Jeanneret, Perriand, Prouvé, Herbst, Mouille, etc ...) sans
aucune rivalité. En réalité, il existait entre les
créateurs de cette période, une amitié spontanée
et une très forte émulation. Il lui arriva ainsi de collaborer
très étroitement avec Georges Jouve pour la réalisation
d'un cendrier ou d'une lampe. C'est au faite du succès, au tournant
des années 60, que son besoin d'innovation et son exigence de perfectionnisme
s'accordent mal de la concurrence d'une production de plus en plus standardisée
et lui font revenir à son domaine de prédilection, l'art
de la tapisserie.
Caroline
Mondineu et Philippe Jousse, mai 2002
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©archives
Famille Matégot


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