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CEDRIC
BUCHET >>
>>"Fashioning
Fiction in Photography since 1990" MoMA, NY
Pour
une critique de la vision pure : Cédric Buchet, des bords de piscines,
des segments de plages, des traces de skis, des limites floues aux couleurs
surexposées. Un peu comme " si la terre penchait ", les
territoires de Cédric Buchet sont obliques, se postent dans un
entre-deux.
Depuis son
prix au festival dHyères
en 1999 jusquà la campagne pour Prada en 2001, en passant
par le travail pour Tsumori Chisato, la trajectoire de Cédric Buchet
na pas cédé un pouce de territoire. Cest ici
sa première exposition personnelle.
Cette
prédilection pour ces " paysages-territoires " permet
avant tout déviter un double écueil. Le premier, celui
du subjectivisme ou de lanecdote, celui où la photo serait
le témoignage de quelque chose, dun vécu. Le deuxième
écueil, celui de lobjectivisme, où la photo serait
un point de vue englobant sur le monde, faisant linventaire des
parties, cartographiant la totalité du réel. Au premier
qui hume la révolte du soi (Larry Clark, Nan Goldin) et au second
qui expose le pouvoir objectif des choses (Andreas Gursky), entre lemphase
du sujet (made in USA) et celle de lobjet (made in Germany), demeure
un no mans land plein dhabitations, celui des sujets pour
tous et des objets pour personnes, des endroits quelconques, libres finalement
dêtre habités ou non.
À
lendroit exactement : Au-delà du panorama, et sa visée
encyclopédique de totalité, le cadrage de Cédric
Buchet est distancié et pourtant proche à la fois, introduisant
de la macro dans le paysage. Ce nest plus un horizon mais un segment,
un point. Il y a donc des points, des endroits, plutôt que des lignes
et des grilles. Clichés après clichés, il édifie
une géographie minoritaire, qui refuse lanecdote du vécu
et le totalitarisme des inventaires. On peut en effet passer sa vie à
observer une chaise de jardin en plastique sans en épuiser le mystère.
Limage est un point de vue sur le réel qui nappartient
à personne. La photo est un pli, une ligne de fuite. Cest
pourquoi elle émancipe. Elle ne montre pas des objets, elle ne
raconte pas des histoires, elle crée un cadre, une possibilité
dhabitation. Soit des paysages avant la narration, où le
récit est mis entre parenthèses : limage suspend nos
pulsions dhistoire, nest jamais strictement personnelle.
Des traces
qui appartiennent à tout le monde. Comme celles des skis sur la
neige de Courchevel, ou celles des pneus de bicyclette prises par Gabriel
Orozco, la photo est lindex de quelque chose de proche et douvert
à la fois, dintime et dimpersonnel, et se fait militante
dune démocratie sensorielle, où lhomme, la matière,
le culturel et lorganique se frôlent. La photo est le capteur
dun échange, le point où des plaques se frottent,
où la latitude et la longitude sunissent, et incarne un dialogue
en-deçà des sujets et des choses. La photo se poste à
lendroit où le point se fait, où le proche et le quelconque
passent. Outil sismographe pour les dialogues immatériels : comme
en littérature là où ça bégaie, elle
se place là où les territoires baillent. La photographie
pour Cédric Buchet, ça sert dabord à créer
du territoire.
frank
perrin
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