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Crac ! Boum ! Hue !

Crac ! Boum ! Hue !

18, rue de Seine 75006 Paris

08.09.2005 - 10.10.2005

Crac ! Boum ! Hue !

Emmanuel Boos


Crac ! Boum ! Hue ! céramiques d’Emmanuel Boos

A propos des céramiques d’Emmanuel Boos on a pu lire « qu’elle plaisent et même beaucoup ». Tout semble dit et l’on imagine déjà des pièces épurées et très « design ». Ou alors élégantes et de faction parfaite voire chargées et maniérées. Pourtant c’est presque aux antipodes qu’elles se trouvent. Elles ne sont pas majestueuses ou spectaculaires. C’est un “piège à …”.
Monochromatiques, elles sont discrètes et mélancoliques. Souvent accidentées, parfois cassées, elles ne prétendent pas à la perfection et peuvent même paraître maladroites. Pourquoi plaisent-elle alors avec évidence? Vont-elles au delà de la simple séduction ? Pouvons-nous y succomber, les accepter comme pratique artistique contemporaine et pertinente ?

« La poterie c’est pour dresser la table, la céramique c’est pour émouvoir » dit Emmanuel Boos en paraphrasant la fameuse maxime de Le Corbusier sur l’architecture.

Emmanuel Boos est céramiste. Il fait des contenants. Son projet artistique est de mettre en valeur l’émotion qu’ils peuvent susciter.
Les contenants sont le vecteur de l’échange. Ce sont des pièces à visage humain « pour donner ou recevoir ». Dans cette exposition, les bassins, les conques, les tambours sont à l’échelle de l’Homme qui peut les prendre entre ces mains, les porter à sa bouche, à son oreille.
Le contenant c’est aussi le choix du vide. Alors que la sculpture et le modelage céramique s’attachent à façonner le plein, le travail du contenant est celui du vide qui les habite et leur donne souffle.
Ces objets qui portent déjà en eux la promesse de leur disparition avec leurs fentes, fêles et craquelures, excluent alors tout fétichisme.

Emmanuel Boos croit au potentiel artistique de la céramique. Bien plus qu’un simple médium, c’est de l’émotion brute, minérale. Il fait donc de la céramique et de ses matières même (porcelaines, émaux) un des propos centraux de sa démarche. Il donne de la matière à voir.
D’abord la terre (ici des porcelaines de sa composition) dont les plis et les ondulations des pièces transcrivent la nature profonde, le caractère et la volonté de la matière. Ses formes semblent nées plus que dessinées.
L’émail (la matière vitreuse qui recouvre la porcelaine) l’obsède, il coule en de larges lacs au centre de ses pièces. Trop longtemps la céramique d’artistes a été une céramique de peintres asservissant l’émail au dessin. Cette conception a masqué le potentiel artistique de l’émail libre. Celui-ci va bien au-delà de la couleur, du simple pigment. Il dépasse l’imagination de l’homme. Il est de l’ordre de la surprise et de l’émerveillement.
Concept incongru qu’un artiste spectateur, concept paradoxal si l’on rappelle que cet artiste contemplatif est finalement aussi un technicien.

Ces pièces sont souvent faites d’aléatoire et d’accidents. Emmanuel Boos semble s’effacer devant la Nature. Impuissance ou lucidité ? Avec la porcelaine, il n’y a pas toujours de place pour l’ego du praticien, il doit s’abstraire de ses préoccupations. Soumission ? Il s’agit plutôt de découvrir un nouveau rapport à la Nature : la complicité, l’échange. Emmanuel Boos entretient une relation amicale avec elle. Son projet n’est pas prométhéen, ni dominateur. Comme le surfeur, il glisse, il accompagne. Mais la recherche de la grâce demeure un aboutissement, ce qui paraît sans effort est le fruit d’un intense travail. Emmanuel Boos a notamment étudié trois ans avec le Maître d’art Jean Girel, et mène actuellement au Royal College of Art à Londres une recherche sur le potentiel artistique de l’émail.

Grâce à deux espaces d’exposition très perméables et une programmation volontiers iconoclaste, la galerie Jousse Entreprise aime questionner les frontières de l’art et de ses hiérarchies. Avec « Crac ! Boum ! Hue ! » nous nous proposons de témoigner de « l’évidence artistique d’une certaine céramique » autour d’une esthétique du contenant et de l’émail céramique. Surtout, au delà de cette immédiateté, elle espère pouvoir démontrer l’intérêt d’une démarche plus contemporaine qu’il n’y paraît.