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Hinter der Felsen

Tim Eitel,

Tim Eitel

Hinter der Felsen

2016

huile sur toile

115 x 90 cm

Textes

Le tableau de Tim Eitel se détache entre deux murs latéraux peints en gris, comme un Film Still, un arrêt sur image, un suspens éternel. Pour Tim Eitel, la peinture consiste à réduire le "bruit" qui accompagne désormais nos images si encombrées. Ses peintures sont finies quand il ne reste plus d'éléments superflus à recouvrir, bien que ce processus laisse des indices, des transparences visibles bien qu'impossibles à reconnaître. Comme les films, toute peinture est une surface découpée dans un plan, son temps est un segment dans la continuité de la durée. Les tableaux de Tim Eitel condensent un temps double, celui de leur élaboration par effacements successifs, avant le temps du spectateur qui tente en vain, entre contemplation et curiosité, de les déchiffrer en s'aidant des gestes et des attitudes, comme de ses souvenirs.
Le tableau est plein de toute une histoire d'images de la photographie et du cinéma. Mais dans cette mémoire (ou ce fatalisme), il n'y a rien de Richter: le flou n'est pas en surface, mais tout à l'intérieur au coeur de l'arrêt du temps. En lui, aussi, toute la peinture se rassemble. Les plans hard edge et monochromes découpent comme au laser une architecture froide. Leur précision laisse pourtant béante une ouverture à tout jamais ambigüe: la scène se situe peut être au délà du plan, dans une illusion qui surprend l'instant figé d'une narration entre fiction et réalité. A moins que ce ne soit qu'une projection sur le mur d'un musée où chaque spectateur est le seul visiteur. Quant à la jeune femme qui nous tourne le dos, nous ne saurons jamais ce qu'elle voit derrière les rochers: l'objet de son désir, sa tentation du vide ou, tout simplement, la trame de la toile. Dans cette figure de l'empêchement, son regard duplique le nôtre. Nous ne regardons plus une image, nous créons un rapport au tableau, cet objet hors échelle qui se soumet en apparence à la représentation seulement pour mieux la remplacer.

Expositions